Les légendes de Volkan

Nous vous convions ici à partager d'agréables moments de lectures et de découvertes avec notre ami Volkan. 
Volkan, né à Izmir en 1960, apprend le français au collège smyrniote St-Joseph. D'ailleurs, sa scolarité se déroule quasi entièrement en Turquie, où il est diplômé en 1981 de la Faculté des Sciences Economiques et Commerciales (Iktisadî ve Ticarî Bilimler Akademisi) rattachée à l'Université d'Ankara. Depuis cette date, il vit en France. Après un poste en tant que cadre supérieur au sein d'un groupe américain, il décide en 1995 de créer sa propre entreprise d'import-export. Il est passionné de sciences, notamment d'astronomie, de géologie et d'océanographie. II pratique la plongée sous-marine, le ski alpin, la randonnée de haute montagne, le judo et joue aux échecs ! 

Ok-anim.gif (510 octets) LÉGENDES D'ANATOLIE

Les sept dormants d'Ephèse et Ashâb Al-Raqîm

La neige dans le panier

Le mont brumeux - Le rocher de la mariée

Le lac de Serah

Le dragon

Le rocher de Nazli

La légende de la chaîne de rochers

Double hammam

L'eau qui coule les dimanches

Les poissons saints

A suivre...

 

Note: La plupart de ces légendes ne m'appartiennent pas. Elles sont la propriété exclusive du patrimoine culturel de la nation turque. Volkan


Ok-anim.gif (510 octets) Les sept dormants d'Ephèse et Ashâb Al-Raqîm

Ephèse...ville mystérieuse qui perd ses origines dans la nuit des temps...ville magique ou on vénérait jadis la déesse Artemis...
Artemis...l'antique déesse toute puissante! Vierge de la fécondité, déesse chasseresse! Celle qui détient les arcanes des mystères de la nature!...

Ephèse, ville sainte ou la Vierge Marie est venu décéder, (sur le Mont Rossignol) au pays ou fut inhumé Marie-Madeleine et ou s'était retiré Saint-Jean! Il rentrait de Samos alors qu'il venait d'avoir cette vision terrifiante! Celle de l'apocalypse!...

Ephèse représente beaucoup pour moi...Beaucoup plus que vous puissiez l'imaginer et encore bien plus que tous ce que je peux vous raconter! Mais passons maintenant à la légende...


LA LEGENDE DES SEPT DORMANTS D'EPHESE

Sept jeunes gens vivant au 3ème siècle au temps de l'Empereur Decius, ne voulaient pas renier leur Foi!
Sur ordre de Décius, ils furent arrêtés et emmurés vivants dans une grotte, une caverne!
Le temps passa...mais un jour, deux cents ans plus tard, ils ressuscitèrent après une "dormition" de près de deux siècles! Puis ils revinrent en ville, portant monnaie de l'époque de Décius, ce qui intrigua les habitants; on leur éleva un sanctuaire après leur mort et leur culte se répandit en Orient et en Occident...

Ces martyrs de la Foi sont vénérés par les Chrétiens et les Musulmans; chaque vendredi par exemple dans les mosquées on lit la sourate 18 du Coran, intitulée Al-Kahf, versets 9-26. Car les Sept Dormants d'Ephèse sont appelés Ahl al-Kahf ou Ashâb al-Raqîm, c'est à dire les Gens de la Tablette!
C'est là qu'il faut avoir de la sagesse car un nom Breton est révélateur; "Ar Yewded-Ar Gewded-Kewded! en Latin CIVITATem!
Le culte a pu parvenir dans les coins reculés de l'Europe!...

Ainsi vont les légendes...elles sont comme un escalier mystérieux qui monte vers le ciel...!

 

ASHâB AL-RAQîM

 

"Entre, ô mon ami, dans la caverne de l’Amour. Tu auras pour compagnon "les Gens de la Grotte" et je serai moi-même le gardien de ton secret. Pour toi je deviendrai Qitmir et veillerai sur la paix de ton cœur.

Entre, ô mon ami, dans le Silence de l’amour. Sur le seuil de la Caverne, je suis Qitmir, attendant que tu prennes refuge dans l’Amour, que tu entres dans le sommeil miraculeux des Sept jeunes Gens ;
 

Et que tu te laisses conduire dans la demeure de l’Ami : ces Jardins paradisiaques où les fleurs sont des anges, où les anges te ressemblent. Entre, ô mon ami, dans le mystère de l’Ami, je serai le poète de...ton Nom secret. "


Ok-anim.gif (510 octets) LA NEIGE DANS LE PANIER

Madran est une grande montagne. On dirait un héros anatolien, qui, pour se reposer, s’est étendu de tout son long sur la plaine de Cine. On dirait un héros anatolien qui a appuyé son dos sur le mont Bozdag et posé ses pieds au seuil de Yenipazar.

A l’observer aujourd’hui, on dirait un héros anatolien en train de discuter avec ses enfants, ses collines de diverses hauteurs, ses fils, ses petits-enfants. 

Madran est comme un père. Il mérite d’être vu.

« Le père Madran » a dû réellement aimer la chaleur de la terre. Depuis que je me souviens, la terre d’Aydin a toujours eu la tiédeur d’une femme, même en plein hiver. Mais la blancheur est la particularité de chaque grandeur et la neige ne manque donc jamais sur les épaules de notre héros, même en été. Est-ce sa parure ?

Ou est-ce son cadeau ? Oui bien sûr. Durant tout l’été, cette neige est transportée, en grande quantité, au fond de la vallée. Elle apporte la fraîcheur aux langues assoiffées, elle désaltère les cueilleurs de coton. On la mélange à du jus de raisin, à du miel et on la mange. Elle apporte de l’énergie à ceux qui enfilent les feuilles de tabac. Bien plus, Madran rafraîchit les pastèques avec ses eaux de source et rend jaloux les ennemis. Certains le savent.

Et s’il disparaissait ?

Non, il ne peut pas partir. Il est maintenant devenu l’un des nôtres. Il va rester parmi nous et écouter avec un vif plaisir, depuis son lit, cette légende.

Père (saint) Madran était un savant, qui, perdu dans ses pensées, écoutait la nature, contemplait l’horizon, à longueur de journée. Il réfléchissait, puis laisser mûrir ses réflexions. Les nuages, en hauteur, lui caressaient les cheveux, la « brise de la mer » passait dans sa barbe comme au travers d’un tamis, les bourgeons se confiaient à lui ; les branches se prosternaient devant lui.

Les grands héros des légendes ne sont-ils pas ainsi ?

Il parlait avec les insectes, recueillait la guérison des fleurs, réalisait l’irréalisable. C’était un grand homme, avec des yeux aussi bleus que les horizons, des cheveux blancs comme les nuages, et un visage ridé et bronzé.

C’était un solitaire….

On ne sait pas si le père Madran a emprunté son nom au Madran Père. Tout ce que l’on sait, c’est que c’était une grande personne calme. Dans sa main, la neige ne fondait pas.

Sa tombe se trouve sur le flanc du Mont Madran, dans la plaine de Cine. Les gens s’y rendent chaque année pour accrocher des morceaux d’étoffe afin de faire des vœux.

Cela a toujours été ainsi.

Les mêmes bouts d’étoffe sont aussi accrochés à la tombe de Karaca Ahmet. Elle n’est pas imposante du tout. C’est une petite tombe modeste, sur la côte du département d’Aydin. Il n’a ni enfant, ni fils, ni petits-enfants. Il attend avec ses autres compagnons de l’au-delà, mortels comme lui.

Les dimanches et les jours de fête, il attend ceux qui vont venir installer une balançoire, faire voler les cerfs-volants, ceux qui vont venir sauter à la corde, ceux qui vont ouvrir les mains pour faire des vœux.

C’est ainsi que cela se passait.

Karaca Ahmet était sellier. Son habileté avait fait le tour de toute la région. Les souliers en marocain* qu’il fabriquait suscitaient l’admiration de chacun, tellement ils étaient légers, solides et agréables à porter. On aurait cru que tout ce qu’il fabriquait avait un langage. Il réussissait à faire parler le marocain*, le cuir. Mais, lui, par contre, ne parlait guère.

J’ai écouté, j’ai compris et je raconte à mon tour.

C’est dans un grand cœur que l’on trouve de grands yeux.

L’habileté attire le client, l’humanité l’humain. Femmes, enfants, vieillards, tout le monde venait chez Karaca Ahmet, pour qu’il les habille, pour qu’il les protège, pour qu’il leur permette une marche agréable. Ça sert à quoi, une paire de souliers, sinon à l’enfiler aux pieds. Or, notre maître pensait plus au cerveau des hommes qu’à leurs pieds.

« Lorsque le jour serre les souliers, les souliers serrent les pieds ». C’est un proverbe.

« Qui a mal au pied a mal à la tête »

Etait-ce là la limite des pensées de Karaca ? Si seulement on pouvait deviner afin de pouvoir partager avec lui. Ce que nous avons appris et transmis est limité. Nos mains ne sont certes pas celles de Karaca.

Comme vous pouvez le comprendre, Karaca Ahmet était un savant.

Cette terre prend beaucoup et n’offre certainement rien. Deux, c’est bien, trois, c’est l’équilibre. Pour l’instant, nous avons trouvé la beauté, alors discutons gentiment.

Ceux qui se rendaient chez Karaca Ahmet, ce n’était pas seulement ceux qui avaient besoin de lui. Qui ne venait pas ?……

Le père Madran eut également connaissance de la sagesse de Karaca Ahmet. Il voulut aller le voir, l’écouter, le comprendre. Mais la tradition anatolienne veut qu’on ne se rende pas chez les gens les mains vides.

Il ne pouvait pas y aller les mains vides, mais que pouvait-il lui apporter ?

Ni peu, ni beaucoup. Il fallait que le cadeau fût apprécié. Le père Madran prit donc son panier, le remplit de la neige de Madran Père (la montagne) et se mit en route.

La distance à parcourir, c’est à dire de la montagne jusqu’à Cine et de là jusqu’à Aydin, ne prendrait pas plus de deux heures avec les transports actuels. En marchant comme

les fantassins et en ne s’arrêtant jamais, on pouvait mettre vingt heures pour parcourir cette route.

Mais le père Madran ne partait pas en guerre.

Il arriva donc au bout de trois jours. Il accrocha son panier à l’atelier de Karaca, le salua, prit la main de Karaca entre les siennes. L’accolade entre deux grands vient du fond du cœur. Donc, la vue de ce visage illuminé et de la neige emplit de bonheur le cœur de Karaca.

La chaleur d’Aydin est terrible. Elle brûle. On dirait que la ville s’est assise dans un creux. Lorsque la marmite chauffe, la poignée chauffe aussi. La route de Cine jusqu’à Aydin, c’est comme la poignée de la marmite qui chauffe. Donc, que ce soit cette route ou la poignée de la marmite, il faut du courage pour les prendre.

« Ah ! les saints… ! ». Lorsque Karaca Ahmet vit le panier et la neige, qui avait préservé la fraîcheur de sa provenance, il comprit qui était l’homme qui se trouvait devant lui, et se dit : « Sacré père Madran, c’est lui qui a fait cela ».

Ils prirent leur café turc ensemble.

On entendit un froissement de jupe dans l’atelier. Une petite voix se fit entendre dans la boutique. Une voix de femme disant : « Maître, je voudrais des pantoufles ».

Maître Karaca en avait l’habitude. « Vous les voulez en cuir ?», demanda-t-il. La femme répondit affirmativement.

Pour prendre la mesure, il posa une doublure sur le sol. La femme mit son pied dessus et le maître l’encadra de sa main et traça le contour.

C’est ainsi que cela se passait jusqu’à récemment.

La femme souleva un peu son pantalon bouffant, ce qui découvrit sa cheville.

Qui vit ?

Qu’avons-nous dit ? Deux, c’est bien, trois c’est l’équilibre. Il n’y avait personne d’autre que ces trois personnes-là dans la boutique.

Maître Karaca observa la nudité….mais ne vit rien. Le père Madran regarda également et vit. Il vit la cheville nue et un frisson le parcourut. C’était le frisson de la nostalgie, des choses dont il s’était privé, qu’il avait laissées dans le passé et qu’il avait oubliées. Le père Madran perdit donc sa sérénité habituelle.

Au même moment la neige commença à fondre dans le panier.

« Tu n’es pas n’importe qui. J’ai appris que tu vivais seul. Ta renommée s’est répandue dans les montagnes. Tu es venu à moi, non pour renouveler ce que tu portes aux pieds, mais pour me révéler ton cœur. Sois le bienvenu, mais comme tu l’as constaté toi-même, vivre avec les gens est une chose, être vertueux de loin en est une autre », dit Karaca Ahmet.

Nous ne sommes juges ni de cette époque là, ni d’aujourd’hui. On parle des grandes personnes, mais on ne les juge pas. Quiconque tente de les juger devrait d’abord atteindre leur grandeur. Donc, chacun sa place.

A nous donc de transmettre la légende. Le reste, c’est une affaire de cœur.

La légende est ainsi.

Que leur âme repose en paix !

(*) D'ou le mot "la maroquinerie"


 Ok-anim.gif (510 octets) LE MONT BRUMEUX – LE ROCHER DE LA MARIEE

Le Mont Brumeux, situé dans les chaînes montagneuses à l’est de la Mer Noire,se trouve à 2200 mètres d’altitude. Le Mont Brumeux, situé à 30 km au sud de la commune de Görele à Giresun, est la montagne la plus haute de la région. Les habitants de Görele et des villes voisines se rendent au mont Brumeux l’été pour y rester quelques mois. La foire, appelée « Le Marché de Sis » et organisée sur ce plateau l’été, est un festival important du voisinage. Cette foire-marché est organisée les samedis durant tout l’été. Au marché de Sis, outre les divers achats, on mange, on boit, on s’amuse. Les jeunes, vêtus de vêtements locaux multicolores, font des démonstrations de folklore et dansent au rythme des tambours et des violons.

Le folklore de la région de Görele s’inspire grandement du Mont Brumeux. La joie, l’allégresse, la tristesse, les peines des habitants se complètent toujours avec le Mont Brumeux, qui est la montagne la plus importante dans le cœur des habitants de cette contrée. Comme on dit : « De meilleur, il y en a pas d’autre ». Du haut du sommet du Mont Brumeux, vous pouvez apercevoir la Mer Noire, Görele, Giresun, voire même Istanbul et l’autre bout du monde. Telle est la conviction des habitants. Les chansons, les musiques, les motifs, les élégies, les mélodies des habitants de la région sont imprégnés du Mont Brumeux.

Le Mont Brumeux regarde par-là
Son eau coule trouble
L’un de mes deux yeux
Regarde toujours la belle

Ô Mont Brumeux
Je ne mange point de graisse de mouton
Les filles me réclament
De l’essence de rose

Ô Mont Brumeux
Je n’ai pu faire fondre la neige
Que cette année s’écoule ainsi
La tristesse de mon cœur

Le mont brumeux est quasiment associé aux habitants de la région et fait partie intégrante de leur vie quotidienne. Les discours populaires et les légendes, parmi lesquels la légende du Rocher de la Mariée, sont imprégnés du Mont Brumeux.

Le Rocher de la Mariée se trouve à 30 km au sud de Görele, et au sud-est du Mont Brumeux. C’est un terrain accidenté niché sur les flancs, à l’est, du village de Kusköy. Ce rocher naturel, prenant appui sur le flanc du Mont Brumeux, d’une hauteur de 30 à 40 mètres, a la forme d’une femme portant son bébé sur le dos.

Il y a très, très longtemps de cela, il y avait une femme mariée. Elle avait un mari qu’elle adorait et un enfant. La belle-mère âgée vivait avec ce couple. Les revenus de cette famille provenaient de l’élevage. Ils étaient donc bergers. La belle-mère âgée faisait ombrage au bonheur de ce trio composé du père, de la mère et de l’enfant. Capricieuse, querelleuse, au visage rude, bruyante, sévère, invivable, cette belle-mère était une vraie sorcière. Elle était particulièrement sans pitié et très sévère envers sa belle-fille qu’elle blessait sans cesse. La mariée aurait depuis longtemps quitté cette vieille sorcière, mais elle aimait trop son mari et son enfant. Puisant de l’énergie dans cet amour, elle tentait de supporter les pressions et tortures de sa belle-mère.

Un jour, la mariée prit son enfant avec elle et se rendit au pied du Mont Brumeux pour faire paître les vaches. L’une des vaches, appelée La Blondinette, était maladroite, têtue, ne s’intégrait pas aux autres, quittait souvent le troupeau pour aller dans les profondeurs de la forêt. Pendant que la mariée allaitait son bébé, la Blondinette disparut en en clin d’œil. Ayant quitté les autres vaches, elle disparut dans les profondeurs de la forêt. Une fois qu’elle s’aperçut de sa disparition, la mariée commença à la chercher.

La jeune mariée fit le tour du Mont Brumeux pour trouver la Blondinette. Elle la chercha partout, en vain. A croire que la terre s’était ouverte et l’avait dévorée. A l’approche du soir, la jeune mariée éprouva une grande angoisse. Sa peur redoubla. Comment pourrait-elle retourner à la maison sans la Blondinette ? Si elle restait dans la forêt, comment pourrait-elle faire avec les animaux sauvages ? Ainsi son petit cœur tremblait-il de la double crainte. Ce jour-là allait donner de nouveaux atouts à la belle-mère qui lui cherchait querelle. C’est pourquoi la peur emplit son cœur. Des peurs aussi immenses que le Mont Brumeux s’empilèrent dans son cœur. Il lui était impossible ni de rentrer à la maison, ni de passer la nuit dans la forêt. Que faire ?

Désespérée, ne trouvant aucune issue, la jeune mariée resta encore un moment dans la forêt pour faire des recherches. Elle ne trouva rien, pas même une trace. Elle pleura tellement que ses larmes se mêlèrent aux rivières. La nuit tomba avec un silence effrayant. La peur, devenue presque palpable, enveloppa tout l’être de la jeune mariée. Elle ne pouvait plus rien faire. « Mon Dieu, transforme-moi en oiseau et fais-moi voler, ou en pierre », implora-t-elle en dernier recours. La prière de la mariée fut exaucée et à l’instant même elle devint rocher, avec son enfant sur son dos.

Depuis ce jour, Le Rocher de la Mariée avec son enfant sur son dos, s’appuyant sur les flancs du Mont Brumeux, raconte, depuis des milliers d’années, sa propre histoire.

 


Ok-anim.gif (510 octets) LE LAC DE SERAH

La petite ville de Serah, rattachée à la commune de Caykara, située dans le département de Trabzon, devenue une partie de notre patrie, que nos légendes ont turquisée, fait également l’objet d’une telle légende.

Il y a un lac au pied de la ville de Serah, situé à cinquante km de la plage, sur l’affluent de la rivière Solakli qui prend sa source à Of et se déverse dans la Mer Noire. C’est un lac en forme de digue entouré des deux côtés par des montagnes pleines de sapins. Ce lac, situé à cinquante km de la plage, sur une rivière et entouré de montagnes remplies de sapins, est décrit ainsi dans la légende suivante :

Il existait une sorcière du nom de Mayisa. Elle avait un troupeau de moutons. Mars était fini et le printemps était arrivé.

« Mon doigt dans l’œil de mars
Mon agneau bêle »,

Fredonnait dame Mayisa qui avait chargé sur son dos son chaudron et sa baratte et menait son troupeau.

A cette époque, les mois de mars et février comptaient tous deux trente jours. Comme elle avait dit « Mon doigt dans l’œil de mars », parce que ce mois était fini, mars se fâcha contre elle et alla voir février :

- Mon frère, frère adoré, frère février ! Peux-tu me donner un jour ?, demanda-t-il.

Frère février ne le vexa pas et donna un jour au mois de mars. A partir de ce jour, février compta vingt-neuf jours et mars trente et un.

Mars, qui avait récupéré un jour, provoqua un tel ouragan et une telle tempête que tout bougeait. Dame Mayisa, qui s’était mise en route pour aller sur les plateaux, fut prise dans la tempête. Ses moutons, ses agneaux, sa baratte et elle-même devinrent des rochers en gelant. Quant à son chaudron, il roula jusqu’à Serah. Ensuite, rempli par les pluies, il devint un grand lac. Plus tard, on appela ce lac « Lac de Serah ».

On raconte que cette histoire est véridique. Le chaudron devenu un lac n’est pas une certitude, mais nombreux sont ceux qui voient dame Mayisa, ses moutons, ses agneaux, et sa baratte en forme de rochers, là-bas.


Ok-anim.gif (510 octets) LE DRAGON


Le splendide village de Nisantasi, semblable à un paradis, se situe à droite de la route qui relie Bayburt à Gümüshane. Ce joli village anatolien a été créé au pied d’une montagne. De cette montagne descend vers le village un serpent en roc, se tortillant. Le sommet de cet amas de pierres qui s’étend jusqu’au village ressemble à la tête d’un serpent. Le squelette de ce serpent mesure plus de cent mètres.

Ceux qui avaient vu ce serpent grandiose et effrayant descendre vers le village avaient fuit leur maison. Affolé, chacun avait pris ses jambes à son cou afin de ne pas servir de nourriture à ce dragon géant. Dans l’affolement, personne ne vit qu’une femme enceinte avait du mal à courir et qu’elle était restée derrière. La femme, qui faisait l’impossible pour fuir, s’assit, épuisée et essoufflée, dans un coin. Elle se sentait impuissante. Elle attendit donc que le dragon arrive et la mange. Malgré tout, elle commença à implorer Dieu : « Mon Dieu, exauce ma prière ! Transforme-moi ou le dragon en rocher ». Sa prière était si profonde que Dieu tout puissant l’entendit et transforma le serpent en rocher.

Ce dragon-rocher dont je vous ai conté l’histoire est toujours au-dessus du village, dans toute sa magnificence. Quand on l’observe attentivement, on a l’impression qu’il va se réveiller et la peur vous saisit. Les voyageurs qui se rendent de Bayburt à Gümüshane peuvent apercevoir ce dragon depuis la nationale.

 


Ok-anim.gif (510 octets) LE ROCHER DE NAZLI

Sur la route qui mène du village Kinik, situé à Amus, au plateau, se dresse un rocher au pied du mont Cal. Ce rocher, appelé « le rocher de la grâce » se trouve près de Tuzla.

Selon l’histoire racontée, un bey (seigneur) vivait dans cette région, il y a très longtemps. Ce seigneur avait un berger très pauvre, qui menait les troupeaux au pâturage avec son fils Kaya et sa femme Nazli, qui l’aidaient.

Un jour, le berger tomba malade et mourut. Sa femme Nazli et son fils Kaya, qui n’avaient aucun autre proche et aucun autre revenu, allèrent voir le bey :

- Seigneur, je vous en supplie, laissez-moi occuper la place de mon mari défunt. Je n’ai nulle part où me réfugier, supplia la femme.

- Comment vas-tu t’occuper des troupeaux en tant que femme ? demanda le bey.

Nazli le supplia tellement qu’à la fin il céda et accepta sa proposition : « Mais, lui recommanda-t-il, si jamais un seul mouton disparaît, ce sera ta fin».

Nazli s’occupa donc des troupeaux avec son fils Kaya. Tous les jours, elle chantait des oraisons funèbres pour son mari et pleurait sur sa solitude. Sa voix était si profonde et si émouvante que même les troupeaux, les montagnes, les rochers écoutaient les mélodies de Nazli.

Un jour, un groupe de loups affamés attaqua le troupeau. Il y eut beaucoup de pertes. Nazli redouta la réaction du bey qui apprit la nouvelle. Il chevaucha jusqu’a Tuzla. Nazli prit son enfant avec elle et chercha un refuge au pied du Mont Cal. Elle craignait tellement la réaction du bey qu’elle implora la montagne: « Ô Mont Cal, je t’en supplie, cache-moi du bey. Ô Mont Cal… ». Au moment où le bey se rapprochait, un rocher se brisa du Mont Cal et tomba sur Nazli et Kaya. Personne ne put les retrouver. Le Mont Cal les avait cachés du bey. Le rocher qui avait caché Kaya et sa mère Nazli s’appelle depuis ce jour le « Rocher de Nazli ».



Ok-anim.gif (510 octets) LA LEGENDE DE LA CHAÎNE DE ROCHERS

La face ouest du Mont Bulkaz, qui sépare les départements d’Usak et d’Afyonkarahisar, donne sur la commune de Sivasli, située à Usak. Cette ville se trouve sur la nationale entre Usak et Denizli, à 35 km au sud-est d’Usak. Depuis Sivasli, si vous regardez à l’est, vous verrez dans les entrailles du Mont Bulkaz une chaîne de rochers assez hauts et un seul grand rocher situé devant cette chaîne, un peu plus loin. A Sivasli et dans la région, on appelle cette série de rochers « Sirakayalar » et le rocher seul se trouvant devant, « le rocher de la fille ».

La légende de Sirakayalar, se déroulant à Sivasli et dans ses environs, a été contée de génération en génération. Personne n’ignore cette légende qui est une leçon pour les pères qui ont des filles.

A une époque très reculée où Dieu exauçait les prières des hommes, un nomade, que personne ne pouvait égaler en richesse, vivait sur le plateau, au sommet du Mont Buzlak. Les montagnes ne suffisaient presque pas aux troupeaux de moutons et de chèvres qu’il possédait. Cet homme avait une fille unique du nom de Zeliha réputée pour sa beauté légendaire. Une nuit, Zeliha vit dans son rêve un berger. Ce berger jouait de la flûte et chantait de manière à vous fendre l’âme. Les jours puis les mois passèrent, mais Zeliha ne put oublier son rêve. Chaque jour, elle s’éprit davantage du berger pauvre qu’elle faisait vivre dans ses rêves. Les prétendants venus de l’est et de l’ouest étaient nombreux. Mais ils furent tous éconduits.

Un jour, alors qu’elle était assise à l’ombre de la tente noire, Zeliha entendit de loin le son d’une flûte. Elle y prêta l’oreille. C’était les mêmes mélodies de la flûte qu’elle avait entendues il y a des mois dans son rêve. Son cœur fut inondé de joie. C’était bien la flûte dont elle avait rêvé, mais le berger était-il celui de son rêve ? Elle releva sa jupe et courut en direction des mélodies. Après une longue course, elle s’arrêta sous un grand pin. Le berger qu’elle recherchait tant était adossé à un pin. Elle avança sur la pointe des pieds. Le berger, plongé dans sa musique, ne voyait ni les troupeaux s’éloigner, ni venir à lui la beauté magnifique, qui était fille du bey (seigneur). Qui sait combien de temps il aurait continué à jouer de sa flûte et combien de temps Zeliha l’aurait contemplé, ébahie, si le chien, couché sous un autre pin, ne s’était mis à aboyer, rompant ainsi le charme. Effrayée, Zeliha poussa un petit « Ayyy ! » et le berger revint à la réalité. Le son de la flûte s’arrêta.

Le jeune berger, brun, avec une fine moustache noire, se releva. Il demanda à la jeune fille qui s’était rapprochée :

- Qui es-tu ? Que fais-tu là,

Zeliha répondit d’une voix aussi mélodieuse que le son de la flûte du berger :

- Je suis venue écouter ta flûte.

- As-tu apprécié ?

- Aurais-je écouté si je n’appréciais pas ?

Ils firent connaissance, discutèrent et se séparèrent, en se promettant de se retrouver tous les jours sous cet arbre. Les jours passèrent. Un jour l’un des hommes du bey nomade vit Zeliha et le berger main dans la main. Il courut auprès du bey pour lui rapporter cet événement. Le bey entra dans une colère bleue. Il fit rosser le berger qu’il chassa de la région. Il rossa sa fille et l’enferma sous la tente noire.

Zeliha, la fille du bey, refusa toute nourriture. Elle pleurait sans cesse en soupirant des « oh ! ». Ceux qui comprenaient la mélancolie de l’amour dirent au bey :

- Seigneur, ne sois pas têtu. Ne n’interpose pas entre deux cœurs qui s’aiment. Ta fille se porte très mal. Elle ne mange pas, ne boit pas. Elle verse des larmes nuit et jour en soupirant. Permets-lui de se marier avec celui qu’elle aime et qu’on en termine avec cette histoire.

Le père ne voulut rien entendre et s’obstina. « Jamais de la vie. Ma fille unique ne peut pas se marier avec un pauvre berger. L’amour, la passion, ce ne sont là que des sornettes. Que diront les autres ? La fille d’un bey ne peut devenir que l’épouse d’un bey. Dîtes à ma fille, qui ne connait pas son rang, qu’elle renonce à cet amour mélancolique, sinon je l’enfermerai sous la tente noire pour le restant de sa vie… », cria-t-il.

Les semaines puis les mois s’écoulèrent dans la tribu. Personne ne réussit à fléchir le cœur endurci du père. La mère, au cœur sensible, décida de s’occuper de cette affaire. Elle était avant tout mère. Elle ne pouvait supporter de voir sa file se consumer dans cette tente noire. Il était berger et alors ? « Il est berger, et alors ? Il est pauvre, et alors ? C’est un être humain aussi, non ? C’est le serviteur de Dieu aussi. Allez-le voir de ma part. Qu’il vienne et qu’il enlève ma fille », dit-elle.

Le jour même, la nouvelle parvint au berger. Il se cacha entre les tentes la nuit venue et fit appeler la mère, lui baisa la main et dit « Voilà, je suis venu ».

- Tu as bien fait, mon fils. Attends ici. Je vais t’amener ta bien-aimée. Fuyez le plus loin possible. Soyez heureux et oubliez-nous… », dit-elle.

Zeliha arriva sans tarder. Les deux amoureux montèrent sur un cheval blanc et prirent la fuite en direction de l’ouest. Malheureusement, dans les cinq minutes qui suivirent, le bey apprit l’enlèvement de Zeliha. Il réunit vite ses hommes et se mit aux trousses des amoureux. Ainsi commença la descente des côtes, à cheval, les amoureux devant, le bey et ses hommes à leurs trousses. A l’aube, la distance entre les fuyards et les autres s’était rétrécie. Ils étaient sur le point d’être arrêtés.

A ce moment, Zeliha leva ses bras au ciel et implora Dieu tout puissant : « Mon Dieu, supplia-t-elle du fond de son cœur amoureux, Dieu tout puissant, au lieu de créer ton serviteur cruel et de faire de lui mon père au cœur de roc, pourquoi ne l’as-tu pas créé rocher… .

Dans le silence religieux de l’aube, ces supplications s’élevèrent en vagues vers le ciel. Ensuite, le ciel, les montagnes, les rochers et toute la nature se mirent à trembler. Dieu entendit la prière de Zeliha et transforma sur-le-champ son père et ses hommes en une série de rochers afin que cela serve de leçon aux pères au cœur endurci, mais malheureusement, le berger et Zeliha subirent le même sort, un peu plus loin.

Depuis ce jour, le rocher de la fille et les chaînes de rochers qui ornent la face ouest du Mont Bulkaz, et qui dominent la ville de Sivasli, murmurent en permanence aux oreilles des nouvelles générations l’histoire dramatique et exemplaire du bey nomade, de sa fille Zeliha et de l’infortuné berger.



Ok-anim.gif (510 octets) DOUBLE HAMMAM

Il y a très longtemps, un pauvre Turc vivait à Merzifon. Il avait trois fils. Sa femme fut enceinte du quatrième enfant. La famille fut ravie. Elle espérait cette fois une fille et ils attendirent avec impatience la naissance du bébé.

Quelques temps après, la femme du pauvre Turc accoucha. Mais ce ne fut pas un accouchement normal, car naquirent des garçons quadruplés. Tous les quatre étaient beaux et en bonne santé.

Le Turc ne trouva pas de moment pour s’attrister du fait qu’il n’avait pas eu de fille. Les habitants de Merzifon affluèrent chez lui pour voir les bébés. Ils ne venaient certes pas les mains vides. Les quatre enfants apportèrent avec eux la prospérité.

La célébrité des quadruplés en bonne santé se répandit au-delà de Merzifon. Des habitants d’autres villes, ayant du mal à croire que l’on pouvait accoucher de quadruplés en une seule fois, affluaient chez le pauvre Turc.

Les habitants de Merzifon montèrent la garde auprès des bébés quarante jours et quarante nuits. Au bout des quarante jours, voyant que la santé des bébés ne s’était pas détériorée, ils furent encore plus émus.

- Informons notre padichah de la naissance des bébés. Qu’il vienne et voie le miracle de ses propres yeux, dirent-ils.

Les notables de la ville appelèrent le pauvre Turc et lui dirent :

- Vas voir le padichah et annonce-lui la nouvelle de la naissance des quadruplés. Le padichah offre des présents pour les événements peu communs. Il te donnera des sacs d’or. Ces enfants sont un miracle pour notre padichah, qui fait des faveurs à celui qui l’informe des miracles de Dieu.

Toute la population de Merzifon se rassembla. Il firent établir au cadi (juge) une lettre établissant la naissance des quadruplés en une seule fois et y firent apposer le sceau des notables de la ville.

Ils chargèrent des provisions sur un âne et firent monter le pauvre Turc sur un autre âne. Ils suspendirent des crinières de casques à la sortie de la ville. Ils portèrent les étendards sur leurs têtes.

Ils raccompagnèrent le pauvre Turc au rythme des tambours, en organisant une grande cérémonie et lui souhaitèrent bonne chance.

- Ne reviens pas avant d’avoir rencontré le padichah

- Ne te décourages surtout pas. Fais l’impossible pour être reçu par le padichah. Que tu sois comblé de faveurs, l’encouragèrent-ils.

Le pauvre Turc voyagea longtemps. A la fin, il arriva à Konya. Il interrogea les gens, mais ne put voir le padichah. Les habitants de Konya firent un cercle autour de lui et se moquèrent de lui.

- Ceux qui sont à Konya, ce sont des sultans. Tu ne sais même pas où habite le padichah, dirent-ils.

- Vas à Bursa, déclarèrent d’autres.

- Non, non…Il réside à Edirne, s’écrièrent d’autres.

- Bande d’imbéciles ! Le padichah habite dorénavant à Istanbul, lança un autre.

A la fin, ils amenèrent le pauvre Turc auprès du bey (seigneur) de Konya. Le pauvre homme raconta au bey son aventure, qui plut au bey, qui pensa « Voilà un divertissement pour notre padichah ».

La coïncidence voulait que le padichah fût occupé au même moment à conquérir les nouvelles terres en Anatolie centrale.

- Les habitants de Konya se trompent. Tu n’as pas besoin de te déplacer jusqu’à Istanbul, lui dit-il.

Cette nouvelle ravit le pauvre Turc, car si le padichah s’était trouvé en Roumélie, il aurait renoncé à ce voyage.

Le Bey de Konya lui indiqua la route. Il le fit accompagner de ses hommes afin d’assurer la parution du Turc devant le padichah.

Ils présentèrent le Turc au padichah qui avait organisé des festivités pour fêter sa victoire. Ils racontèrent son histoire. Ensuite, les vizirs (ministres, maréchaux), les beys, qui participaient aux festivités, se moquèrent de lui :

- Comment as-tu réussi une telle chose, montre-nous comment tu as fait pour qu’on te croie !

Ils se rendirent tous au hammam pour continuer à se divertir. Ils dévêtirent le pauvre Turc et s’amusèrent avec lui en plaisantant. Le pauvre Turc se sentit humilié, eut honte et resta dans un coin. A la fin, le padichah eut pitié du pauvre Turc.

- De quelle région viens-tu? De Merzifon ? Y a-t-il dans cette ville des établissements tels que des auberges, des hammams ? demanda-t-il.

Le pauvre Turc craignit qu’il lui arrive les pires choses. Apeuré, il répondit à la question en deux mots :

- Des hammams, bégaya-t-il.

Le padichah :

- Qu’y a-t-il d’autre ?

Mais il ne put répondre tellement il avait peur.

Le padichah convoqua sur place son secrétaire chargé des firmans (ordre écrit) auquel il fit écrire :

- Je te donne le hammam qui se trouve à Merzifon. Si tu m’avais dit qu’il existait des auberges et des commerces, je te les aurais tous donnés. Mais tu as cité seulement le hammam.

Ainsi il fit établir un firment accordant la propriété du hammam au pauvre turc. De plus, il maria dans la nuit même le pauvre Turc à la fille d'un roi.

- J’ai conquis tant de royautés que j’ai plein de filles de rois en ma possession. Je les ai donc mariées à mes vizirs. Celle-là t’était due. Comme ta femme, qui se trouve à Merzifon, t’a donné des quadruplés, elle est devenue ta sœur maintenant. Désormais, ta femme, c’est cette fille de roi. Exploitez le hammam et soyez heureux, dit le padichah.

Il fit monter la fille du roi sur l’âne du pauvre Turc, lui donna des provisions et le renvoya.

Voilà…De nos jours, bien que les hammams de Merzifon appartiennent soit à la municipalité, soit aux fondations, le double hammam est toujours exploité par une famille. On dit que l’origine de cette famille remonte à la fille de roi que le padichah avait offerte au pauvre Turc il y a des siècles.

« La fille du roi était très laide mais très intelligente. Elle agrandit le hammam qui contenait quatre bassins pour le bain. Elle le sépara d’abord en hammam pour femmes et en hammam pour hommes. Plus tard, ses fils, eux aussi intelligents, agrandirent le hammam jusqu’à 70 bassins pour le bain.

Le tiers du hammam des hommes fut recouvert de feutre. Les deux tiers furent peints en bleu ciel avec des motifs rouges et jaunes. Plus la famille s’agrandissait, et plus les conflits augmentaient. Le hammam fut divisé. Lorsque Evliya Celebi arriva à Merzifon, il ne restait plus que quarante bassins pour le bain. Plus tard, il diminua encore et seul demeura le bâtiment principal d’aujourd’hui.

Les notables de Merzifon nomment le héros de cette histoire, qui est le padichah, comme étant Celebi Sultan Mehmet. Ils appellent le hammam qui existe encore de nos jours « double hammam » ou bien, « Etablissement de Celebi Sultan Mehmet ». Mais ils racontent l’histoire de manière erronée en affirmant que le pauvre Turc avait été envoyé à Istanbul pour voir le padichah. Je ne sais pas quelle histoire, la version de Celebi Sultan Mehmet ou le fait que le padichah résidait à Istanbul, est juste. Comme j’ai du mal à faire coïncider les deux, je n’ai pas cité le nom du padichah. En réalité, la légende mentionne également Konya.


Ok-anim.gif (510 octets) L’EAU QUI COULE LES DIMANCHES

C’était un jour de printemps qui accompagnait les magnifiques paysages de la Mer Noire. C’était dimanche. Un collégien du village de Camlikaya, Nahiye Kivut, rattaché à la commune d’Ispir à Erzurum, regardait vers le bas en mettant ses mains devant ses yeux. Son petit cerveau avait du mal à comprendre que le fleuve Coruh puisse couler avec grâce et agitation en se frayant un chemin dans les montagnes difficilement franchissables. Ensuite, son regard se porta vers les flancs et les pieds des montagnes d’en face. De l’eau coulait telle une ligne blanche depuis le sommet de la montagne. Il pensa : « Je crois que cette eau ne coulait pas quand j’avais regardé hier. Comment se fait-il qu’elle coule maintenant ?. Le petit avait déjà contemplé ces lieux, mais il n’avait jamais vu couler une eau aussi blanche que la neige, ou bien il ne l’avait pas remarqué. Cette énigme occupa son esprit et l’empêcha de dormir une partie de la nuit. Il avait hâte que le matin arrive. Le lendemain, il se réveilla avec un grand enthousiasme. Il courut dehors et scruta de nouveau les flancs d’en face. Cette eau blanche comme la neige ne coulait plus. Il se frotta les yeux et regarda de nouveau. Rien. Ce jour-là, cette eau ne coulait pas. Il pensa à interroger quelqu’un. Hier soir non plus, elle ne coulait pas. Avait-il tout simplement rêvé ?

Ce jour-là, il se promena dans le village. Il voulait caresser une fois encore Karabas, le chien berger du village avant qu’il ne parte avec les troupeaux. Karabas dormait comme toujours au centre du village, près du foin. Quand il vit l’enfant, il remua la queue comme d’habitude. Ensuite il suivit le berger et le troupeau qui passait par-là pour aller dans les forêts touffues toute vertes, vers la liberté de la Mer Noire.

Le petit enfant était encore resté seul. Il se souvint encore de l’eau et se demanda pourquoi elle ne coulait pas aujourd’hui. Qui pouvait-il interroger ? Pas son grand-père, puisqu’il était parti depuis longtemps dans les champs. Il pensa alors à grand-mère Salli que le village aimait, respectait et consultait. Oui, bien sûr qu’il pouvait l’interroger. Il se dirigea vers sa maison. Elle habitait à proximité de l’aire ou l’on battait le blé. Sa porte était close. De toute manière, elle est toujours fermée. Grand-mère Salli sortait rarement et ne parlait qu’en cas de nécessité. Mais son apparence était agréable, chaleureuse et gaie. Elle inspirait confiance à tout le monde. Il frappa à la porte. Rien. Il cogna de nouveau. La porte s’ouvrit alors lentement avec un grincement. Une odeur agréable d’un mélange de mûres, de jus de raisin, de noix et de miel se répandit. Grand-mère dit : « Qu’y a-t-il fiston ? Il s’est passé quelque chose ? ». L’enfant répondit : « Grand-mère, excuse-moi, je voulais t’interroger à propos de quelque chose. C’est la raison de ma venue ». Grand-mère lui demanda d’entrer et quitta la pièce. Un instant après, elle revint avec une assiette remplie de mûres sèches, de noix décortiquées, d’une grappe de raisin sec et s’assit près de l’enfant. « Mange-les et parles en même temps », dit-elle. L’enfant avait déjà oublié ces friandises dont il raffolait. Il l’interrogea de suite : « Pourquoi l’eau qui coulait hier (dimanche) sur les flancs en face du fleuve Coruh, jusqu’au pied de la montagne ne coule-t-elle pas aujourd’hui ? ». La vieille dame caressa les cheveux de l’enfant et dit : « Fiston, cette eau a une légende très dramatique. Cette eau jaillit à Ahpirih et coule vers Karab. Elle ne coule que les jours de printemps. Attend, je vais te raconter la légende. 

L’enfant se mit à écouter avec enthousiasme.

« L’histoire de cette eau est dramatique, vraiment dramatique, fiston. Je vais te la raconter. L’eau qui sort d’Ahbirig coule vers Karaba. De plus elle coule seulement les dimanches, jamais les autres jours.

Jadis, un berger s’éprit de la jolie fille du seigneur de Karap. Il la surveillait secrètement. La fille du seigneur aimait aussi le berger depuis qu’elle l’avait vu pour la première fois. Mais sachant que son père ne lui permettrait jamais de se marier avec lui, elle ne pouvait en parler à personne. Le berger gardait également son amour pour lui. N’en pouvant plus, un jour il se confia à sa mère, qui lui répondit : « Mon fils, que personne ne t'entende. Jamais le seigneur ne t’accordera la main de sa fille. Il te fera trancher la tête ». Mais l’amour, c’est l’amour. Le berger était amoureux. Cet amour le consumait de jour en jour. Ne pouvant supporter davantage cette situation, il se rendit un jour chez le seigneur pour exprimer son amour pour sa fille. Le seigneur rugit de colère, et faillit le faire tuer. Mais le berger le suppliait : « Je ferai tout ce que tu ordonneras. Si tu veux, fais-moi tuer tout de suite ». Le seigneur réfléchit un instant et dit : « Ecoute, berger, je t’accorderai la main de ma fille à une condition. Tu vas construire un canal pour amener l’eau d’Akpirik à Karap. Mais ce conduit d’eau devra être construit de telle manière que lorsque je jetterai une planche dans le canal, elle devra parvenir jusqu’à Karap sans rester accrochée nulle part. Si tu réussis cette entreprise, je t’accorderai la main de ma fille. Ah ! Encore une chose. Si jamais tu y renonces ou que tu n’achèves pas le canal, je te ferai tuer. Ne l’oublie pas». Le berger jura qu’il ferait couler l’eau d’Akpirik jusqu’à Karap et quitta les lieux. Heureux, le berger prit sa massue, sa pioche et sa pelle et se mit à l’œuvre dans l’espoir du jour où il allait s’unir à la fille du seigneur.

Mais faire couler cette eau en cassant les rochers formés par la puissance des eaux du fleuve Coruh était une utopie. Le fait que le berger avait commencé à travailler avec un grand enthousiasme se répandit. Cette nouvelle ébranla le village. Cette nouvelle suscita un grand mécontentement chez la femme d’un autre seigneur qui voulait la fille pour son fils. Elle se disait : « Dans tous les cas, il mourra avant de réussir. Et au cas où il réussira, le seigneur le fera tuer pour ne pas lui accorder la main de sa fille ». De plus le seigneur savait qu’elle avait, elle aussi, demandé la main de sa fille pour son fils. Oui, mais, et si le berger réussissait cette entreprise et que le seigneur tint sa parole et lui donne sa fille ? Cette pensée la démangeait. Elle décida de patienter encore un peu.

Des mois passèrent. Le berger évaluait très bien son temps. Il travaillait d’arrache pied. Cette entreprise, qui semblait une utopie au début, avançait. Les villageois, désormais convaincus que cette affaire allait aboutir, l’aidaient en secret. Ils voulaient, eux aussi, que les amoureux s’unissent et que l’eau arrive au plus vite dans leur village. Le canal arrivait presque à son terme. La méchante femme de l’autre seigneur crut aussi que le berger allait réussir son entreprise. Elle élabora un plan et se rendit auprès du berger. Le berger, heureux d’approcher de la fin, et ignorant ce qui se tramait, cassait sans cesse les rochers. Il ne vit même pas la femme s’approcher. La femme, prenant une voix triste, lui dit : « Eh ! berger, travailles toujours ! Quelqu’un d’autre a obtenu depuis longtemps la main de la fille du seigneur. Elle a été mariée au fils d’un seigneur. N’es-tu donc au courant de rien ? », Et elle s’éloigna. Les yeux du berger étaient devenus des flammes, son cœur était sur le point d’exploser. C’est comme si le monde s’écroulait sous lui. Il devint furieux. Il commença à hurler comme un fou et frappa sa massue au hasard sur les rochers. Il frappa tant et tant qu’il ne vit même pas les rochers qui se rompaient là haut et roulaient sur lui. Au moment où les rochers atteignirent sa tête, il eut l’impression de voir la fille qu’il aimait à ses côtés. Lui souriait-elle ? Qu’est ce que….

La nouvelle que le berger avait perdu la vie sous les rochers se répandit. Le deuil et la tristesse régnaient dans le village. Chacun disait : « Pauvre berger, c’est vraiment dommage. Il était sur le point de finir. Il n’a pas pu s’unir à sa bien-aimée ». Sa mère fut très affligée. Le seigneur était ravi. Non seulement il n’allait pas donner sa fille au berger, mais le canal était sur le point de finir. Mais la fille du seigneur supportait en cachette le choc causé par l’événement. Elle pleura, gémit en cachette. Pourquoi le berger était-il mort ? Savait-il seulement qu’elle l’aimait beaucoup aussi. Combien de temps pouvait-elle supporter cette souffrance ? De plus, ils allaient maintenant la marier à quelqu’un qu’elle n’aimait pas. Elle avait perdu tout son esprit. Elle ne voulait plus vivre. Elle n’arrivait plus à raisonner. Elle écouta sa petite voix intérieure et sortit secrètement de la maison. Elle se rendit sous les rochers où le berger était mort. Elle eut un instant la vision de le voir travailler, sa pioche à la main. Il semblait lui sourire. Elle contempla les alentours et aperçut deux hautes collines, côte à côte, comme elle et le berger. Elle contourna et monta sur l’une d’elle. Le berger semblait lui faire signe de la main, en bas. Sans réfléchir un instant, elle s’abandonna dans le vide. Dans quelques instants, elle allait le rejoindre.

La tristesse augmenta de plus belle lorsque la mort de la fille du seigneur se répandit. Elle s’était tuée en se jetant du haut des rochers. Elle aimait donc le berger à ce point. Tout le monde était triste. Même la méchante femme pleurait et regrettait son acte. Prise de remords, elle alla voir le seigneur et lui raconta ce qui s’était passé. Elle voulait tranquilliser sa conscience. Le seigneur fut terriblement affligé. Lorsque les villageois apprirent ce qui s’était passé, ils maudirent la femme.

Longtemps après, on termina le canal. Le village Karap était maintenant doté d’eau, mais personne n’arrivait à se réjouir. Le cœur n’y était pas. Le seigneur fut cloué au lit à cause de la mort de sa fille chérie. Dans son testament, il aurait dit : « Que cette eau ne coule que les dimanches, jamais les autres jours », car sa fille et le berger étaient morts un dimanche. A partir de ce jour, l’eau coula seulement les dimanches ». Après avoir terminé de conter la légende, la grand-mère caressa les cheveux de l’enfant. Il la quitta en remplissant ses poches des friandises qu’elle lui avait offertes.

Son esprit ne comprenait pas pourquoi l’eau coulait les dimanches et pas les autres jours. Il allait aussi interroger son grand-père lorsqu’il rentrerait le soir. Le soir, il interrogea son grand-père : « Grand-mère a raconté juste, fiston. La légende est ainsi. Mais je ne peux pas te dire si le fait que l’eau coule les dimanches a un lien ou non avec les dernières volontés du seigneur. Cette eau sert pour l’irrigation, il y a sept villages en bas d’Akpirik. Cette eau coule chaque dimanche. Elle coule chaque jour vers un village. Les dimanches, c’est au tour de Karap d’irriguer. Mais les habitants de Karab n’ont pas voulu que l’eau coule chez eux le dimanche ».


Ok-anim.gif (510 octets) LES POISSONS SAINTS

La légende des poissons remonte à très longtemps, d’après ce que j’ai appris des villageois de Pamukçu, situé dans le département de Balikesir.

Même le plus ancien du village ne sait ni à quand remonte l’arrivée des poissons saints ici, ni qui les a apportés. D’après ce que j’ai appris des paysans, il y avait des poissons noirs et blancs, d’une longueur de 20 à 30 cm dans une petite mare du nom de « Göze Kaynak », formée des eaux bouillantes qui sortaient de la terre dans un lieu de plaisance appelé Akpinar et situé à 15 minutes du village de Pamukçu. Plus tard ces poissons trouvèrent une petite source sous terre et nagèrent d’Akpinar à la fontaine au milieu du village. Les poissons saints vécurent dans la fontaine, au milieu du village, jusqu’à leur mort.

Hüseyin Köse Dayi, âgé de 71 ans et habitant Pamukçu, que j’ai interrogé sur l’origine des poissons, m’a raconté cette histoire :

« Personne ne sait quand les poissons saints sont arrivés. Ces poissons sont nés des eaux d’Akpinar. La raison pour laquelle on les appelle poissons saints c’est parce qu’ils ont participé à la guerre d’indépendance et qu’ils en sont revenus blessés. Comme ils sont rentrés blessés, la population a éprouvé à leur égard du respect, de l’attachement et les a considérés sacrés. C’est la raison pour laquelle ce nom leur a été donné. Les poissons n’avaient jamais peur des villageois venus chercher de l’eau dans la fontaine et ils leur touchaient même les mains. Nous buvions l’eau de la fontaine et l’utilisions pour nos repas et l’eau ne sentait jamais le poisson ».

A ma question sur les poissons sacrés qui avaient fait la guerre et qui étaient revenus blessés, Haci Yakup Ergün, âgé de 75 ans, répondit ainsi :

« Les poissons de la Fontaine aux Poissons disparurent lorsque la guerre des Balkans éclata. A cette période, personne n’avait compris où ils étaient allés. Lorsque la guerre des Balkans prit fin, nous vîmes un matin que les poissons étaient revenus dans la fontaine. Nous étions tellement réjouis. Et que vîmes-nous ? La plupart des poissons étaient blessés, avec des coups de couteaux sur le dos. Bien qu’ils fussent dans l’eau, il y avait du sang séché sur leurs cicatrices. Certains d’entre eux avaient la queue déformée. La cicatrisation des blessures prit un an. Après quelques temps, on fut mobilisé. Durant la mobilisation aussi, les poissons avaient de nouveau disparu de la fontaine. Cette fois, on savait où ils étaient partis. Comme les militaires, les poissons étaient partis à la guerre. Après la fin de la mobilisation, les poissons revinrent dans la fontaine. Des années plus tard, ce fut la guerre avec les Grecs qui éclata. Les poissons disparurent de nouveau. Lorsque la guerre avec les Grecs prit fin, ils revinrent blessés comme auparavant. Ces poissons étaient notre talisman. La population ne voulait pas qu’on nuisât aux poissons.

Elle faisait tout pour éviter que les étrangers ne les pêchassent sans le savoir.

1968

Un autre villageois de 56 ans, Mustafa Özoglu, a répondu ainsi à ma question relative aux poissons : « La terre était plus fertile qu’aujourd’hui lorsque les poissons vivaient dans notre village. Les pluies arrivaient à temps, le blé était moissonné à temps. L’insuffisance de nos récoltes provient-elle du fait que les poissons ne sont plus là, ou est-ce parce que nous n’avons pas bien rempli nos devoirs envers Dieu ? Dieu seul le sait ».

A ma question pour connaître l’origine de la mort des poissons, Suayip Yilmaz, 65 ans, a répondu :

« Durant la guerre avec les Grecs, un officier grec qui se désaltérait à la Fontaine aux Poissons, aurait attrapé quelques poissons sacrés et aurait tenté de les faire cuire. L’officier aurait fait griller les poissons d’un côté et en les retournant pour les faire griller de l’autre côté, les poissons auraient disparu. L’officier, qui aurait vu cette scène de ses propres yeux, aurait perdu la tête ». Suayip Yilmaz poursuivit ainsi: « Alors que la place était déserte, deux étrangers venus visiter le village, auraient tenté d’attraper les poissons. Ils en auraient attrapé seulement neuf. L’Imam du village, qui se rendait à la mosquée pour faire l’appel à la prière du matin, s’aperçut que l’eau de la fontaine était trouble. Entre-temps, ceux qui avaient attrapé les poissons, bien qu’ils eussent suivi la route menant à Balikesir, se perdirent.

Ils demandèrent la route de Balikesir au cafetier Seref qui avait ouvert son établissement de bon matin. Il leur demanda ce qu’ils tenaient à la main et les invita à boire du thé. Pendant que les étrangers buvaient leur thé, il leur demanda comment ils avaient attrapé ces poissons. Ils racontèrent qu’ils avaient pu en attraper seulement neuf et qu’ils les avaient difficilement tués en les cognant contre un caillou. Le cafetier leur indiqua la route de Balikesir. Les étrangers se mirent en route. Après leur départ, l’imam, qui faisait ses ablutions dans la fontaine, raconta au cafetier que l’eau de la fontaine était trouble. Le cafetier raconta à son tour ce qui s’était passé. Ils coururent et rattrapèrent les étrangers qu’ils ramenèrent au village. Lorsqu’on leur demanda où et comment ils avaient attrapé les poissons, ils répondirent : « L’un de nous s’est chargé de la surveillance et l’autre les a attrapés ». Alors ils les frappèrent à l’aide d’un bâton. La population alertée par les cris, et apprenant l’incident, mit les étrangers sur une hauteur et les rossa comme il se devait puis les abandonna là jusqu’au soir. Plus tard, le préposé du village prit les poissons et me donna, à moi ( Suayip Yilmaz). Et moi, je les mis dans un linceul, l’imam fit une prière, et je les enterrai dans le cimetière du village.

1968

Mehmet Özen a raconté cette histoire :

« Comme le village n’avait pas d’autre source que la Fontaine aux Poissons, le docteur Kemal Yalçin passa à l’action pour faire construire une fontaine dans l’endroit où se situe la Fontaine aux poissons afin de fournir de l’eau potable au village. En 1957, un puits fut creusé près de la Fontaine aux poissons afin de ne pas nuire aux poissons et les poissons furent placés dans ce puits.

Les poissons n’auraient pas apprécié leur nouveau foyer. L’eau du puits serait retournée à son ancien emplacement, et les poissons, restés sans eau, seraient tous morts. Les villageois auraient éprouvé une grande tristesse et ils auraient placé les poissons dans des linceuls et les auraient enterrés dans le cimetière ».

Après cet événement, le village aurait été secoué durant 7 jours et 7 nuits comme par un tremblement de terre. Les villageois expliquent ce phénomène par la mort des poissons.

Mehmet Deniz, 70 ans, a raconté cette histoire :

« Depuis toujours, des légendes sont racontées sur les poissons vivant dans la Fontaine aux Poissons et ces légendes sont réelles. Plusieurs preuves existent toujours aujourd’hui ».

Tevfik Güngörmüs, 72 ans, a donné cette version :

« Afin que la génération future ne touche pas aux poissons, on raconte que les poissons ne cuisent pas, qu’ils disparaissent pendant la cuisson, et que quiconque tente de les cuire perd la tête ».

 


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